Manuscrit · Juin 2023 · Biscarrosse, Landes
Regardons le passé pour appréhender l'avenir — quels sont les éléments perturbateurs sur le cordon dunaire ?
La dune littorale, entièrement artificielle, a été construite entre 1820 et 1840 par les Ponts et Chaussées. Bâtie pour arrêter les sables, elle a fermé les sorties naturelles par lesquelles l'eau douce rejoignait l'océan — et créé, sans le vouloir, des éléments perturbateurs qui n'existaient pas avant.
Le 18 août, par transaction avec l'État, la commune redevient propriétaire des lettes de Cugnes et Jaouguesoule, qui deviendront Biscarrosse-les-Bains.
Naissance de la station balnéaire de Biscarrosse-Plage. Avant 1900, une quinzaine de maisons et le poste de Douane — déjà aux prises avec le vent, le sable et les nappes.
Rapports de la Direction des Forêts et délibérations municipales : on décide de fermer complètement la sortie et de reformer une dune littorale sur l'ancienne ouverture (5 avril 1897).
Une fois fermée, les « cantonniers de la dune » l'entretiennent 18 ans ; elle passe de 10 m à 14,30 m de hauteur en 1910 (borne IGN sur l'Hôtel de la Plage).
Pétition des propriétaires (1929), puis constitution d'une association syndicale (1934) pour l'entretien de la dune, déclarée d'utilité publique.
Après 1918 les cantonniers ne sont plus remplacés ; en 1941 le Mur de l'Atlantique arrête tout entretien : l'érosion s'accélère, la dune devient chaotique.
L'Armée acquiert la zone du Trencat. Depuis, l'ONF ne gère plus ce tronçon : le sable migre par le vent vers l'est, non vers le sud.
27 décembre — la côte aquitaine subit une érosion majeure : le trait de côte recule de 12 m, la berme baisse de ~2,80 m (étude SOGREA, boudins géotextile).
Avant 1890, la dune littorale avait des sorties naturelles sur l'océan. Les fermer complètement a perturbé le milieu : les maisons et le poste de Douane se sont trouvés ensablés et inondés l'hiver.
Le mécanisme, en coupe : en 1900 la plage a un profil en pente douce, la nappe phréatique sort dans l'océan. En 2022 la dune se déplace vers le continent, la plage s'abaisse : ce n'est pas l'océan qui monte, c'est le ruissellement de la nappe qui érode et déstabilise le sable.
Le 28 juillet 1910, les Domaines vendent plus de 9 ha de lots à construire sur la dune (ventes de 1927-1928). Les acquéreurs devaient, au cahier des charges, protéger la station contre l'envahissement des sables. De 1910 à 2023 (113 ans), l'érosion a pris de 11 à 16 mètres.
Chaque hiver, le vent charrie des masses de sable dans les rues perpendiculaires à l'océan ; les maisons riveraines sont menacées. Pour pallier ce désagrément on a aménagé le parking Sud, le boulevard des Sables, abaissé et pavé la dune centrale (Esplanade), et créé les Jardins de la dune (1994) — qui ont « finalisé la vitrine » de Biscarrosse et bloqué le transfert du sable.
En décembre 1999 (tempête Martin), une étude est confiée à la société SOGREA : des boudins géotextile remplis de sable sont posés pour fixer le trait de côte et protéger la façade aménagée de la station.
La dune littorale aquitaine a été créée par Brémontier pour arrêter la progression des sables, poussés grain à grain vers le continent par les vents d'ouest. Ces sables recouvraient les prairies, repoussaient les eaux des lacs de Biscarrosse, Cazaux et Sanguinet. Le premier élément perturbateur à freiner est le vent.
Dès 1780, Brémontier, l'abbé Desbiey et Charlevoix de Villiers cherchent à freiner ce transport en plantant des pins maritimes. L'abbé Desbiey protège les jeunes semis en mêlant branchages, ajoncs et graines de genêts. Mais les plantations ne suffisent pas : il faut arrêter le deuxième élément, le sable, en amont.
D'où l'idée de Brémontier (1880) : construire une dune littorale artificielle avec un certain profil, pour que l'océan reprenne le sable avant son envol. On arrête d'abord les sables venant de la mer par des bourrelets.
En arrière du bourrelet, on établit la dune parallèlement à la côte par une palissade de planches de pin taillées en biseau (1,60 m de long, espacées de 2 à 3 cm) pour que le sable passe et s'entraîne au-delà du sommet. La dune doit présenter un profil trapézoïdal, une hauteur de ~10 m, avec une pente côté mer de 20 à 30° — au-delà, le flot pourrait la saper.
Entre 1780 et 1918, la dune est entretenue par les agents des forêts et les Ponts et Chaussées (130 ans). En 1918 les cantonniers ne sont plus remplacés ; en 1940 le Mur de l'Atlantique accélère l'érosion. De nos jours, on ne protège plus les pins : on essaie de protéger le trait de côte et les plages — ce qui rajoute d'autres perturbateurs à la démarche de Brémontier, à commencer par le réchauffement climatique et la montée des eaux.
Après le vent et le sable, le troisième élément perturbateur est l'eau. L'eau de mer et l'eau de terre se rencontrent : évaporation, nuages, pluie, grêle, neige, lacs, rivières, fleuves… et un acteur qu'on ne voit pas — la nappe phréatique.
En 130 ans, la dune littorale a fait barrage aux eaux du continent : les trop-pleins des nappes superficielles n'ont plus comme sortie que la loi de Darcy, à travers la dune. Ce quatrième élément perturbateur devient la nappe phréatique. Tous les ans, c'est la même onde : nappes au ras du sol de novembre à mai, absorbées par la végétation de juin à novembre. Les érosions n'ont lieu que quand les nappes sont hautes — surtout l'hiver.
Pour démontrer cette arrivée massive d'eau douce sur les plages, mettons en parallèle les relevés pluviométriques et les hauteurs de nappe. La nappe phréatique superficielle est très réactive à la pluviométrie.
La corrélation est nette : le marnage de la nappe suit la pluviométrie. En 2021 (1 177 mm), la nappe remonte fortement l'hiver (tempête du 9 décembre). En 2022 (802 mm), la sécheresse et l'absorption par les arbres sur 7 mois abaissent la nappe.
Les tempêtes (janvier 2000, mars 2014, mai et décembre 2021) montrent une forte pluviométrie hivernale : ce trop-plein retourne à l'océan à travers la dune (loi de Darcy). Si la dune s'effondre en hiver, c'est que la nappe déstabilise le pied de dune — le sable devient mou, sans résistance aux vagues. Ce n'est pas l'océan qui monte, c'est la nappe qui, faute d'évacuation dirigée, mine le pied de dune.
Le combat sur l'océan est impossible ; sur la terre ferme, on peut travailler. Le vent repousse le sable vers le continent et le trait de côte recule : les moyens financiers et mécaniques peuvent y répondre — reprendre le sable derrière la dune pour le remettre devant. La dune de La Teste fait 400 m de large : il en reste bien assez pour refaire les plages.
Le projet de loi « Climat et Résilience » permet de trouver crédits, subventions et études : BRGM, GIP, universitaires, élus cherchent des solutions.
Le vent, le sable et l'eau (les nappes) sont des éléments du présent. Ils peuvent être arrêtés par le cinquième élément — celui qui décide :
Le cinquième élément, c'est l'Homme.
Conclusion. Au regard de toute cette analyse historique et actuelle prenant en compte les éléments naturels — le vent, la force de l'océan sur le sable — a-t-on réellement pris en compte les écoulements des nappes phréatiques et les transferts de sable non maîtrisés ?
— Roland Placin, Biscarrosse, juin 2023.