Analyse du trait de côte · Landes · Nouvelle-Aquitaine
Comprendre l'érosion du littoral, et le rôle décisif — trop souvent oublié — des nappes phréatiques.
Amoureux de ma ville, promeneur assidu et infatigable, j'assiste depuis plus de cinquante ans, avec désolation, à la dégradation de plus en plus rapide du littoral.
Désolation ne signifie pas résignation : en ma qualité d'ancien technicien de la Ville de Biscarrosse, investi dans les projets communaux et le suivi des travaux, je souhaite apporter ma contribution à un projet qui, j'en suis sûr, est au cœur de toutes les Biscarrossaises et de tous les Biscarrossais.
Sauvons notre littoral
Avant de proposer des solutions, il nous faut comprendre les phénomènes de l'érosion en faisant un retour sur le passé, analyser les aménagements du front de mer déjà menés, et souligner le rôle parfois nocif des nappes phréatiques et des transferts de sable non maîtrisés par le vent et les tempêtes.
Ce n'est donc qu'après l'analyse du trait de côte depuis 200 ans que l'on peut ébaucher des solutions — simples, pérennes, respectueuses de l'environnement et d'un coût limité. Je n'ai aucune ambition autre que celle de servir ma ville, à laquelle je suis viscéralement attaché.
Roland Placin — Décembre 2023
L'érosion du littoral n'a rien de nouveau. Les photographies, prises sur six décennies, montrent une côte qui recule tempête après tempête — et, plus récemment, une dune minée par l'eau douce qui ruisselle jusque sur la plage.
Dans les médias, on répète les mêmes mots — sans toujours nommer la vraie cause locale :
Pour arrêter les sables mobiles qui envahissaient l'arrière-pays, Brémontier imagina, dès la fin du XVIIIe siècle, une barrière artificielle : la dune littorale. Une invention efficace — mais qui a fermé les sorties naturelles par lesquelles l'eau douce rejoignait l'océan.
Pour arrêter les sables mobiles, Brémontier a imaginé une barrière appelée dune littorale.
Avant cette fermeture, des sorties naturelles existaient bel et bien à Biscarrosse. En 1890, un chenal tortueux reliait le Grand Vivier — deux hectares d'eau douce, où l'on pêchait encore lors de concours en 1936-1938 — à l'océan, près de l'Hôtel Condou et des palissades de 1886.
Le cœur de l'analyse : ce n'est pas l'océan qui monte, c'est la nappe phréatique d'eau douce qui, faute d'évacuation dirigée, mine le pied de dune en hiver et le détruit. Une nappe superficielle extrêmement réactive à la pluie.
Les relevés de terrain établissent une corrélation nette : quand il pleut, la nappe monte — vite. En 2023, 1 301,5 mm de précipitations ; après 45 jours de pluies et 530 mm, la nappe superficielle est remontée de 55 cm.
D'où vient toute cette eau ? Du bassin versant des étangs littoraux. Par infiltration dans le sol, ce trop-plein d'eau douce retourne vers l'océan — la loi de Darcy (1856) décrivant l'écoulement à travers le sable de la dune.
Depuis 1956, le tronçon dunaire du Trencat n'est plus géré. Poussé par le vent d'ouest et les tempêtes, le sable migre vers l'est — vers le continent — et non vers le sud. La dune recule côté océan et avance, menaçante, côté ville.
Plutôt que le repli stratégique — démolir la vitrine de Biscarrosse-Plage — l'étude propose d'agir sur les trois leviers terrestres : évacuer la nappe de façon dirigée, reprofiler la dune, et bloquer la dérive littorale par un épi.
Les planches détaillées de l'étude initiale précisent la solution : profil de principe, plans de situation, avant-projet et récupérateur de nappe.
L'analyse historique et actuelle repose sur quatre éléments naturels :
Le vent
Les tempêtes qui poussent le sable vers le continent.
L'océan
La houle et le coefficient de marée.
La dérive littorale
Le courant nord-sud, accentué par la vidange du Bassin d'Arcachon.
La pluviométrie
Qui recharge la nappe phréatique.
Le problème de l'érosion ne sera pas résolu tant que trois leviers ne seront pas actionnés :
2a Maîtriser les nappes
Prévoir des évacuations dirigées à travers la dune (refoulements). Avec le climat, les nappes à évacuer seront plus abondantes.
2b Ralentir la dérive
Un épi en limite du CEL bloquerait le courant nord-sud et réensablerait le front de mer.
2c Arrêter les sables
Chaque année, reprendre le sable au bulldozer pour reformer la dune et la réaligner au front de mer.
L'homme n'est pas oublié dans cette étude : saura-t-il réagir pour le bien commun ?